Artisanat d'Art Constantine

CONSTANTINE, TRADITIONS ET CREATION

Arts traditionnels ancestraux ou revisités, les femmes en général, et pour l’occasion les Constantinoises, s’érigent en véritables passeuses de patrimoine. Gardiennes des héritages, elles les perpétuent et les revivifient en libérant leur créativité. Au cours de cette exposition, ce sera près d’une quinzaine d’artistes qui, dans des domaines aussi variés que la broderie, le costume et la bijouterie, la distillerie d’eau de fleurs, l’art culinaire et même la dinanderie, viendront nous faire découvrir toutes les subtilités de leurs savoir-faire.

Artisanat d'Art
LA GANDOURA DE VELOURS :
trait de raffinement constantinois

Un savoir-faire ancestral transmis de mère en fille, depuis des époques lointaines, permet d’attribuer toute son authenticité à cette gandoura ornée de délicates arabesques d’or. Appelée gandourat el katifa, djeba ksentinyia ou même djeba Fergani, du nom du précurseur de la haute couture de la ville des Ponts qui a conféré à cette robe une coupe moderne, elle est la pièce essentielle du trousseau de la mariée de l’est du pays.

Elle est le fruit du brassage culturel qu’a connu la ville de Constantine, mais demeure l’un des rares costumes traditionnels à n’avoir pas subi de transformation totale au fil du temps. La gandoura longue, légèrement cintrée à la taille et ample vers le bas, est sans col et à manches amovibles, k’mem, en dentelle ou en tulle brodé.

Traditionnellement bordeaux, prune ou violette, elle est ornée de somptueux motifs brodés de fil d’or «medjboud» ou «terzi», ou de "fetla", deux techniques différentes, dont l’histoire remonterait aux premières dynasties omeyyades. Véritable oeuvre d’art, la gandoura constantinoise se veut le reflet du raffinement des citadines de cette ville.

Sa réalisation obéit à des règles précises : au niveau de la coupe qui se fait en trois parties pour obtenir un évasé parfait, et au niveau de la broderie, suivant des motifs de la faune et de la flore ou d’arabesques orientales, couvrant l’ensemble de la gandoura.

Elle reste le costume de fête incontournable dont la réalisation à la main est élevée au rang d’art. Un certain nombre d’artisanes émérites perpétuent ce savoir-faire dans la plus pure des traditions et beaucoup de créatrices contemporaines y puisent leur source d’inspiration.

Au cours de ce festival, 06 stylistes ou brodeuses spécialisées dans les costumes traditionnels ou revisités viendront faire découvrir leurs oeuvres et leur savoir-faire.

Bouabellou Asma et Badjadja Salima  Costumes et accessoires 
Bencharif Sabira  Costumes traditionnels revisités 
Boukhalfa Houria  Broderies. Robes d’intérieur et linge de maison 
Seraj Akila  Costumes traditionnels constantinois 
Talha Hayet  Costumes traditionnels constantinois 



DES BIJOUX QUI DEFIENT LE TEMPS

Si la gandoura est la pièce maîtresse du trousseau de la mariée de la belle cité des Ponts suspendus, capitale de l’est du pays et de la Cirta de Massinissa, elle ne peut être portée sans une panoplie de bijoux traditionnels spécifiques à la région.

M’hazmat el louize (ceinture de Louis d’or) est constituée de pièces patiemment amassées dès les fiançailles, ou parfois même avant, assemblées et se terminant par un fermoir finement travaillé. Le m’khebel (gros collier), les m’kaïes et m’ssaïess (bracelets) en or finement ciselés et parfois incrustés de pierres précieuses ainsi que les r’daïef, anneaux de chevilles en or qui, avec leurs cliquetis symbolisent la citadinité et la féminité, constituent l’essentiel de la parure traditionnelle. Mais surtout, pièce indispensable des toilettes des femmes de l’Est algérien, le s’khab, à la fois bijou et parfum, cascade souple de perles noires et brillantes faites à base de pâte d’ambre à laquelle on a incorporé diverses essences pour former une somptueuse symphonie de senteurs… Ouvrées en forme généralement pyramidale, les graines odorantes sont montées en grappes et, au gré des inspirations et des moyens, des broches en or ou en argent, des perles ou pierres précieuses y sont incorporées en sus de la meska, gros sautoir en or ciselé.

Ces bijoux ancestraux, encore très prisés par les femmes de Constantine, continuent à être réalisés avec finesse et délicatesse par des artisanes aux doigts de fées qui, aujourd’hui pour certaines, libèrent leur créativité et en revisitent avec succès les ciselures et les formes.

Seront présentes à cette exposition


Bachtarzi Nadia  Skhab constantinois traditionnels
Bendali Hacine Chafika Bijouterie traditionnelle et moderne
Debache Chafia Bijouterie moderne
ZID Ouard El Kamel Skhab traditionnels revisités



DE L’ART DE LA DINANDERIE :
incursion féminine

Les artisans dinandiers existent en Algérie depuis le moyen-âge. La manipulation de la feuille de cuivre a connu différents styles depuis des centaines d’années pour la fabrication d’objets usuels, comme la soukria (sucrier), el kettara (égouttoir), la théière, sinyat (plateaux), les couscoussiers, vases… ou pour le trousseau de la mariée, tels el mahbès (pot utilisé au hammam), le m’rach (pour asperger les invités d’eau de fleurs), la tassa (petite écuelle pour se laver)…

La dinanderie était ainsi destinée à l’usage domestique, les objets de décoration n’étant pas prisés. Et c’est à l’époque des Turcs que la corporation s’est réellement développée. Les artisans dinandiers étaient régis par un «amine» (secrétaire), lequel était placé sous l’autorité du «gaïd el blad» (commissaire de la ville), un haut fonctionnaire très proche du Dey. Sous les Turcs se créèrent des quartiers entiers réservés à cet artisanat. «Zankat e’nhass» (littéralement la rue du cuivre) grouillait de dinandiers, et l’atmosphère était meublée par le bruit de leurs marteaux sur le cuivre mat.

L’art de façonner les objets de cuivre à Constantine représente l’un des piliers de son artisanat.

Aujourd’hui encore, au faubourg Emir-Abdelkader comme à Sidi Mabrouk, des artisans dinandiers (hélas de moins en moins nombreux) demeurent toujours fidèles à cet art qu’ils transmettent volontiers à leurs enfants. Le travail des plateaux de différentes tailles y est particulièrement réputé. Sur ces sinyat, on retrouve généralement, comme à Constantinople, les feuilles de cyprès et les palmiers à deux lobes ou d’autres décors d’inspiration orientale. Chaque foyer se doit de posséder des objets en cuivre, tant pour la décoration que pour un usage domestique.

Alors que le métier d’artisan dinandier est en déperdition, y compris à Constantine, des femmes ont pourtant réussi à s’y faire une place pour apporter une touche féminine.

Parmi elles,
Makhzer Samia, dinandière, sera là pour nous parler de son art et nous exposer ses oeuvres.


LA DISTILLATION DE FLEURS :
au coeur de la tradition féminine constantinoise

A Constantine, ce n’est pas l’hirondelle qui annonce l’arrivée du printemps, mais l’odeur suave des premiers bouquets de narcisses (el belliri). Très connue par ses jardins de bigaradiers et de rosiers, implantés surtout dans la plaine de Hamma Bouziane, la ville est très réputée pour la distillation des fleurs, une tradition ancestrale qui subsiste encore dans de nombreux foyers. Outre les roses et les fleurs du bigaradier, les Constantinoises distillent diverses plantes médicinales, telles que la lavande (khezama), l’origan (zaâter), l’armoise (chih)… Les marchés de la ville des Ponts suspendus embaument de senteurs des différentes fleurs qui remplissent de grands sacs, enivrant les sens des clients.

L’opération de la distillation de fleurs est une véritable fête dans les foyers constantinois. Elle se fait selon un rituel rigoureux. Pour l’occasion, les femmes préparent une tamina blanche, à base de semoule grillée, de beurre, de miel et de noix et, jadis c’était dans les patios que cet hymne au printemps se déroulait.

L’alambic est composé d’une «tandjra» (chaudron de cuivre à fond bombé et col étroit) et du «qettar» en tôle galvanisée. Caché toute l’année au fond d’un placard, il réapparaît au début du printemps. Le qettar est donc placé au-dessus d’un brasier (la tabouna est venue remplacer le kanoun au charbon) et, suivant un procédé ingénieux de distillerie par vapeur d’eau, on obtient un authentique «rass el qettar» (essence de l’eau de fleurs).

Des bombonnes couvertes d’osier et de petits flacons sont remplis et étiquetés (ma z’har…), puis rangés à l’abri pour être utilisés toute l’année.

L’eau de rose, ma ward, servira pour certains gâteaux et friandises, pour les soins de la peau… Quant à l’eau de fleurs d’oranger, ma z’har ou eau porteuse de chance, elle est utilisée pour parfumer le café, mais aussi lors des cérémonies de mariage et lors de la réception d’invités.

Jalousement gardé par les artisanes constantinoises, ce savoir-faire, pour certains venu de Mésopotamie, fait partie intégrante du patrimoine de l’antique Cirta. Pour nous en parler et nous en faire la démonstration, Mme Ouarda Bensegueni, sociologue de formation et spécialiste des traditions et des rituels de Constantine, sera là pendant tout le festival.



CONSTANTINE :
une tradition culinaire ancestrale

Garant d’une part de la mémoire des Constantinois, l’art culinaire y est aussi raffiné que sa musique. Des pâtes traditionnelles aux gâteaux au miel, en passant par les confiseries, la capitale de l’est du pays se targue de compter dans sa gastronomie des mets typiques, dont la chekhchoukhat edhfar, faite à base de galette de semoule émiettée, appelée ainsi parce qu’elle est coupée avec le bout des ongles. C’est le plat par excellence des grandes occasions. Cuisinée en sauce rouge avec des pois chiches et accompagnée de viande et de poulet, elle garnit les tables de cérémonies et fêtes religieuses. Ou encore la trida, un plat à base de pâtes coupées en carrés et servie en sauce blanche. Sa préparation est semblable au couscous m’hawar et au t’litli. Autrefois, les femmes préparaient ces pâtes en grande quantité «el âaoula» et les conservaient pour toute l’année. Aujourd’hui, ces produits sont souvent disponibles en boutique mais ne relèvent pas pour autant de l’industrie, comme c’est le cas du couscous.

En dehors des pâtes traditionnelles, la cuisine constantinoise est très diversifiée. Parmi les spécialités de la région, l’on peut citer dans la foulée la délicieuse soupe djari, comparable à la chorba frik, la galette rekhsis, à la fois tendre et croustillante qui accompagne les plats en sauce, ou encore ch’bah sefra, parfumée à l’eau de rose, ou le r’fis, parfumé à l’eau de fleurs d’oranger, deux plats sucrés préparés lors des mariages.

La ville des Ponts suspendus est également réputée pour ses douceurs. Les bradj, carrés de semoule fourrés aux dattes qui célèbrent l’arrivée du printemps, ou encore la baklawa, feuilleté farci d’amandes et de noix, tamminet ellouz, el makroud…

Enfin, la marque déposée du Vieux Rocher, la djouzia, véritable délice à base de noix, de blanc d’oeuf et de miel pur ; cette friandise, fruit d’un savoir-faire ancestral, reste à ce jour préparée de manière traditionnelle dans des ateliers spécialisés.

Encore aujourd’hui, et dans toutes les familles, les Constantinoises se targuent de perpétuer les recettes de mets traditionnels de cette région, léguées en un précieux héritage culturel de mère en fille et résistant aux aléas du temps et aux coups de boutoir de la modernité.

Pour illustrer cette richesse
Mesdames Benaïche Amel et Hachemaoui Adala Louiza, viendront déployer leur talents culinaires et Mme Chaouche Tiyara Fatma zohra, nous fera découvrir toutes les subtilités de la djouzia (nougat traditionnel).


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