Femme de constantine à l'honneur

FEMMES DE CONSTANTINE EN REPRESENTATION

Les Constantinoises à l’honneur à Alger convoquent forcément toutes celles qui ont honoré Constantine et l’Algérie au prix de leur vie, de leur liberté. Leurs noms à prononcer ont le goût de toutes les résistances, elles qui ont accompli leur destin dans le coeur de la médina, elles, rebelles et si belles.

Les nommer, Mériem Bouattoura, Bidi Louisa, Taïtouma Loucif, Mériem et Fadhila Sa’dane martyres du combat libérateur, leurs soeurs militantes du Front à Constantine, Fatima-Zohra Boudjeriou, Hlima Benmeliek, les soeurs Troudi, Fatima- Zohra Sa’daoui dite, familièrement, hadja Tata, et la mémoire souvent sélective, oublieuse de ce que l’histoire, à ce jour, n’a pas encore consigné.


Femmes de constantine

UNE OFFRANDE PERLEE D’EAU DE ROSE ET DE FLEUR D’ORANGER

Alors regardez dans les yeux les Constantinoises d’aujourd’hui et vous y verrez les éclats d’une même passion en partage : celle de Constantine, ses venelles, ses santons, ses legs, Constantine, médina inexpugnable, désenchantée et pleurée, réinventée chaque jour comme une offrande perlée d’eau de rose et de fleur d’oranger.

Vous parleront elles, surement, de la trame encore indéchiffrable d’une culture arabe en quête d’épousailles algériennes mais qui ne saurait se décliner sans elles. Car elles créent, chantent, dansent, écrivent, peignent et le feront savoir.

Savent-elles aussi, ces jeunes poétesses, ayant élu résidence de leur festival dans la cité de Ibn Qounfoud El Qassantini, Belkacem Haddad Errahmouni, qu’elles mettent bien sûr ,leurs pas dans ceux de Malek Haddad, de Ahmed Azzegagh, et que l’ombre portée de Kateb Yacine hante encore Echatt? Ranah, vous le dira, qui a publié son premier recueil l’an dernier, que les jeunes aiment la poésie dont beaucoup ne peuvent avoir en mémoire la voix forte, singulière de Nadjia Abeer, trop tôt disparue.

Normalienne, héritière d’une solide tradition familiale dans l’enseignement, Nadjia, la romancière, fait oublier, par son talent, sa sensibilité, ce qu’elle tient, comme beaucoup de Constantinois , de son regretté père cheïkh Ma’amar Benzegoutta, sentinelle féconde de la mémoire de Constantine.

Constantine est un roman, nous disent ses écrivaines. Ahlam Mostaghanemi, scrutant la mémoire du corps, trouble le Machrek et dévoile une cité toute de révolte et de sensualité, validant dans le même mouvement ce que la littérature doit au cycle des générations. Poétesse, romancière, essayiste, Zhor Ounissi témoigne, quant à elle, pour toutes ces jeunes Constantinoises auxquelles la vision généreuse et moderne de cheïkh Abdelhamid Benbadis, avait ouvert les portes du savoir, celles de la medersa Ettarbya oua Etta’lim et celles de l’institut Benbadis ouvert aux études en 1947. La plupart d’entre elles, comme Zhor, ont rejoint les rangs du Front, qui a encore montré, tout récemment, à l’occasion de l’hommage mérité que lui rendait « Constantine, capitale de la culture arabe », que le lieu ne faisait rien à l’affaire et que, quand Constantinoise on est, Constantinoise on demeure.

Chaffia Boudra, définitivement LLa ‘Aîni, a illuminé les soirées familiales algériennes, sans jamais se prévaloir du statut de son mari, le dirigeant martyr Si Salah. Mais enfin, qu’est-ce qui fait courir les Constantinoises ? Auraient-elles, à l’indépendance, l’air du temps aidant, renoncé à l’amertume sublime d’el ouard et au goût à nul autre pareil du zhar ?


FEMMES DE CONSTANTINE AUTOUR DU TEQTAR

Elles sont aujourd’hui médecins, chefs d’entreprise, avocates, journalistes et même artistes peintres. Peuvent-elles alors peindre elles sont nombreuses désormais à épouser les chemins alors aventureux empruntés par Leïla Baghli - et se consacrer au teqtar?

Ces derniers jours d’avril et ce début mai – la cueillette a été relativement tardive en raison des contraintes de la météo -, Constantine retrouvait une fois de plus les secrets et les jubilations du qatar, l’ambre verdâtre des mghalfates, les senteurs renouvelées des racines aujourd‘hui en partage.

A l’ombre du qatar, renaissant de ses cendres, telle le phénix, la Constantinoise, adossée aux rites, endossant les héritages, recevant le nectar du rass el qatar, comme un lien ombilical entêtant et énigmatique.

Non, je ne me risquerais pas à convoquer ce que la gastronomie citadine de Constantine assigne à el ouard ou zhar ni non plus à m’aventurer sur les gradations subtiles qui l’ordonnent.

Il s’agit bien là des savoirs, de savoirs-faire quasi sacrés et dussent les temps changer, si on n’entre plus dans la médina par ses célèbres quatre portes – pour mémoire, Bab El Kantara, Bab El Oued, Bab Edjid, Bab Eldjabia - , on y entre toujours par sa table.


A Constantine, la gastronomie fait la fête tout comme la musique et avec la musique le plus souvent. Et le régal est d’abord celui des yeux car elles sont belles les Constantinoises dans leurs gandouras ajourées, leurs coiffes toujours obliques et leurs parures qui rappellent à quel point l’artisanat – la broderie, la bijouterie - informe sur l’art de vivre de la médina.

L’ESPRIT DE LA FETE

Au même titre précisément que les musiques que les Constantinoises écoutaient, soustraites au regard, lorsqu’il s’agissait d’El Ala – la formation musicale traditionnelle - mais dans lesquelles elles trouvaient un code d’expression avec les benoutates et les fqirates. Les benoutates démarquent El Ala auprès de laquelle elles puisent répertoire et instruments – à corde principalement - et se constituent ainsi en formation musicale féminine ouverte notamment au chant profane.

Les fqirates procèdent, quant à elles, du registre du sacré. Elles reprennent, pour l’essentiel, les différents corpus confrériques et la percussion – derbouka, tar, bendir - est leur principal référent au plan de l’organologie.

Les femmes entre elles et en musiques transfiguraient alors l’espace domestique convoquant les figures elliptiques des corps entre znadel et tahouel.

LA PART D’ESPERANCES

Il n’est pas sûr que ces instants aussi forts que singuliers de la vie citadine constantinoise aient été réellement fixés par les toiles des artistes peintres de la ville et particulièrement par les femmes peintres qui existent, travaillent et se battent pour une légitime visibilité.

La mlaya, quasiment mythifiée, les maisons ombragées, les venelles et même les ponts inspirent la création artistique constantinoise qui s’ouvre aussi aux violences, aux souffrances et aux incertitudes d’aujourd’hui.

Jamais autant qu’aujourd’hui, les femmes algériennes dans leur diversité, n’auront représenté la part d’espérances de la société algérienne.

Hommage à elles, qu’elles viennent de Constantine ou d’ailleurs, qui viennent toutes du même amour sans rivages de l’Algérie.
  Par Abdelmadjid MERDACI
Docteur en Sociologie
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