Le mot de la commissaire du festival

Mme Hamida Agsous, commissaire du Festival de la création féminine
La 6e édition du Festival national de la création féminine a décidé de célébrer le patrimoine immatériel de Constantine, bien sûr pour apporter sa contribution, si modeste soit-elle, à l’évènement «Constantine, capitale de la culture arabe 2015» mais aussi pour honorer la part importante, mais pas toujours soulignée, de la création féminine dans ce patrimoine.

Jugez-en : qu’il s’agisse de couture, de broderie, de bijoux, de cuisine, de pâtisserie, de distillerie, de dinanderie (eh oui !) ou encore d’arts plastiques, de littérature, de musique… les Constantinoises ont montré depuis des siècles que la confection de la gandoura, l’art de la fetla, la fabrication du s’khab (collier d’ambre noir ancestral), l’art de la djouzia (nougat), des confitures et de la distillation de roses et de fleurs d’oranger (qui sont pour beaucoup dans l’identité culturelle de la ville de Constantine) n’ont aucun secret pour elles.

Plus encore, elles en sont les dépositaires et transmettent à leurs filles les gestes ancestraux liés à ces pratiques et à ces savoir-faire. Elles ont, par ailleurs, investi des domaines artistiques dont on les a longtemps tenues éloignées : la dinanderie par exemple, traditionnellement réputée «métier d’homme», a séduit des jeunes femmes que le Festival a pu découvrir et dont vous pourrez admirer la dextérité à travers les ateliers d’initiation et les démonstrations que nous proposons.

Cette incursion féminine dans le patrimoine immatériel et les arts constantinois concerne également la peinture, la sculpture, la poésie, le roman, la musique malouf et bien d’autres domaines encore que nous ne pourrons, hélas, pas tous mettre à l’honneur dans le cadre des activités prévues pour cette édition.

Cependant, à travers les expositions, les conférences et tables rondes et les diverses animations que nous vous avons concoctées, ce sera une occasion de revisiter l’art culinaire, la fabrication du bijou, le travail du cuivre, celui de la broderie, de goûter aux saveurs de «qahwet el ‘acer», aux parfums de la rose et de la fleur d’oranger et de découvrir l’univers pictural des artistes peintres qui nous viennent de Cirta l’antique ou Qacentina, l’imprenable citadelle.

Ces créatrices de Constantine que le Festival reçoit et met à l’honneur vont côtoyer pendant toute une semaine d’autres faiseuses de patrimoine, d’autres passeuses de savoir-faire venues de toutes les régions du pays et porteuses, elles aussi, d’un héritage artistique transmis par leurs mères. Ces trente créatrices ont, elles aussi, appris les gestes, fabriqué l’œuvre selon les rites ancestraux puis laissé aller leur imagination et donné libre cours à leurs dons créatifs pour en faire un objet nouveau, un art nouveau.

Découvertes depuis cinq ans lors des précédentes éditions du Festival, ces créatrices venues de tous les coins du pays ont non seulement pu faire découvrir leurs œuvres et savoir-faire au public mais plus encore ; elles ont eu, grâce au Festival, l’occasion d’échanger leurs idées, leurs trouvailles, leurs techniques et souvent, au bout du compte, de créer ensemble des œuvres uniques, inédites, nées du croisement de la soie et du bijou, de la poterie et du corail ou encore de l’étoffe et de la matière végétale…. Car c’est cela aussi le Festival : un espace de rencontres et d’échanges pour que les femmes artistes se connaissent et se nourrissent mutuellement de leur créativité.

Ces créations, ces croisements conjugués à l’infini entre métaux, pierres, soies, cuir, laine et fil d’or dénotent, de la manière la plus fulgurante qui soit, le foisonnement des couleurs et des formes nées du génie créateur de ces femmes et démontre, si besoin est, combien ces rencontres et ces espaces sont d’une importance vitale pour la visibilité de l’art et de la création féminine dans notre pays. C’est donc à un florilège de talents, un arc-en-ciel de dons et de créations touchant à toutes les expressions artistiques, dont ces femmes sont une source intarissable, que nous vous invitons à venir découvrir.

Cependant, pour la première fois depuis l’institutionnalisation de ce Festival, une ville, Constantine, a été choisie pour mettre en lumière toutes les facettes du génie créateur et les dons artistiques des femmes qui ont grandi sur son rocher, qui ont respiré les senteurs de ses roses et de ses fleurs d’oranger et qui ont appris à les transformer en cet incomparable nectar qui parfume les plats et la pâtisserie constantinois et laisse s’exhaler les senteurs du musc et de l’ambre dans le ciel étoilé des nuits du Rhummel.


Madame Hamida M'hamsadji Agsous
Commissaire du Festival




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