Hommages festival de la création féminine


LEÏLA BAGHLI
LEÏLA BAGHLI
Pionnière de l’art pictural féminin à Constantine

Femme de lettres et artiste peintre internationalement reconnue, Leïla Baghli est l’une des grandes figures de la scène artistique constantinoise.

Née en 1933 à Aïn Beïda dans les Aurès, Leïla Mihoubi a à peine 10 ans lorsque sa famille s’installe à Constantine. Son père lettré lui accorde le privilège de faire des études classiques (latin et grec) au lycée de Constantine où elle réussit brillamment. C’est là que la petite fille, qui crayonne à tous moments des portraits des uns et des autres, se révèle à la peinture et rêve d’une carrière artistique. Mais l’époque et la société ne lui permettent pas d’intégrer l’Ecole des beaux-arts comme elle le souhaite. Son père accepte cependant qu’elle aille régulièrement se former auprès du peintre paysagiste Goetz dans la ville de Tours, en France, où sa sœur réside.

A 23 ans, elle rencontre à Alger un jeune médecin, militant de la première heure et fondateur de l’UGEMA, Mohamed Baghli, qui devient son époux en 1956. Son mari dans les rangs des moudjahidine, Leïla entame différentes formations paramédicales et ouvre un centre d’accouchement et de soins à Skikda où ils sont installés.

Dans l’Algérie postindépendance, en 1964, encouragée par son époux, elle reprend, ses études de lettres françaises à l’université de Constantine et poursuit son cursus par une postgraduation à Grenoble en France avec pour sujet de thèse «Le langage de la folie dans La Répudiation» de Rachid Boudjedra.

Dans le même temps, encouragée par son professeure et amie Claudette Oriol-Boyer, qui croit en elle et l’encourage dans cette voie, Leïla revient à sa première passion et se forme à l’Ecole des beaux-arts de Grenoble puis de Lille et s’épanouit alors résolument dans la peinture. Sous l’influence de son grand ami feu le sculpteur Ahmed Akriche, elle poursuit ensuite son cursus académique à l’Institut des arts et de la communication à Constantine.

Sa peinture semi-figurative témoigne d’une sensibilité et d’une technicité hors normes. Généralement inspirée de personnages qu’elle côtoie, sa famille, ses élèves, elle-même parfois, elle replace ses sujets dans des décors qu’elle imagine dans des palettes sobres de bleus, de gris, de roses et construit ses tableaux en une organisation savante et équilibrée qui force le regard et fait l’admiration des critiques d’art. «C’est un peu ma formation de femme d’écriture qui me conduit à une telle construction», dit elle.

Elle pense que les Algériens, par leur histoire, ont une démarche et une évolution dont le schéma se fait exactement dans le sens inverse de celui qu’a connu l’évolution de la peinture universelle : «Nous partons de l’abstrait, de l’écriture, du signe et allons vers une appréhension du réalisme qui nous est propre.»

Si Leïla Baghli construit ses tableaux comme on construit un récit, elle écrit à l’inverse, dit-t-elle, avec son pinceau. Elle est l’auteure de nombreux écrits et notamment de deux romans encore inédits Les Gens d’en face et Ce souvenir d’Eléonore.

Femme humble et discrète, Leïla Baghli a produit des œuvres connues aussi bien en Algérie qu’à l’étranger. Elles font partie des collections du Musée d’Oran et du Palais de la culture d’Alger (qui a accueilli sa première exposition individuelle dans la capitale en 1992), mais également au Washington Women Modern Art Museum (Etats-Unis) et dans de nombreuses collections privées en France, en Suisse, au Luxembourg... Elle compte à son actif diverses expositions individuelles et notamment à la maison du cinéma (Domkino) à Moscou et à Saint Petersburg (1992). Encore aujourd’hui, elle participe très régulièrement aux expositions collectives organisées par les maisons de la culture dans sa ville de Constantine mais également dans diverses régions du pays.

Doyenne de l’exposition réservée aux arts plastiques «Palette constantinoise», et de toutes les participantes de cette 6e édition, le Festival a tenu à lui rendre hommage pour son talent, son parcours courageux de femme artiste et, de manière générale, pour son apport à l’évolution de l’art et de la création féminine dans ce pays.



THOURAYA BENDRIS
La voix souveraine du chant malouf constantinois

Née en 1931 à Constantine au sein d’une famille conservatrice des traditions ancestrales, Thouraya est bercée par les grandeas stars de l’époque, que sont Farid El Atrache, Mohamed Abdelwahab et Oum Keltoum. Dès son plus jeune âge, elle chante avec brio et s’ouvre à tous les genres musicaux avec un penchant particulier pour Fadela Dziria. Soustraite de l’école à l’âge de 13 ans, elle s’inscrit alors au sein de l’Association des artistes de Cheikh Mohamed Derdour à Constantine. Son premier passage à la radio, en 1947( à l’âge de 16 ans), où elle interprète la célèbre chanson de Mohamed Abdelwahab ‘Ala baladi el mahboub fait découvrir au public cette immense voix mais ses parents lui opposent un refus catégorique quant à la pratique de cet art.

Déçue par cette décision, elle part vivre en Tunisie chez sa sœur de 1951 à 1954 et y intègre la célèbre association Rachidiya de Tunis dans laquelle professait Cheikh Khmeyes Ternene. Elle y rencontre Salah El Mahdi, El Hadi El Djouini, Ali Riahi et autres Oulaya, Naâma, Saleha et Réda El Qualai.

Aidée par Youcef Temimi, elle signe un premier contrat pour une tournée en France au terme de laquelle elle enregistre, à Paris,à l’age de 21 ans, son premier album ou 78 tours, en juillet 1952, chez Barclay. Un titre succès qui la fait connaître du grand public mélomane. Cette chanson Mahle gueddek, que lui écrit et compose Mohamed El Djamoussi, sera suivie de deux autres : Saâdi ya saâdi et Yah sine ya hocine.

Le compositeur Abdelkrim El Habib lui signe Ya lalla goulou loummi qui lui vaudra une énorme réussite en 1953, un titre qu’elle accompagne, entre autres succès, de Lesmar yaâdjebni.

Le chemin de la gloire est tout tracé au moment où elle rencontre, en 1959, Amraoui Missoum qui lui offre une dizaine de chansons. En femme d’engagement, Thouraya, en pleine ascension, fait partie la même année , de la troupe artistique du FLN aux côtés d’Ahmed Wahby, Farid Ali, El Hadi R’djeb et Saïd Sayeh , partie en tournée à Moscou pour dire tout haut à la face du monde la cause de l’Algérie en lutte contre l’occupant.

En 1962, elle contribue également au gala donné dans la première ambassade d’Algérie à Paris, au profit des enfants de chouhada.

Après l’indépendance nationale, Thouraya s’envole dans le monde et elle se produit en Suède, en Hollande, en Belgique, en plus de la Tunisie, du Maroc, de l’Egypte, de la France, de l’Italie et de la Russie. Elle participe à la liesse générale que procure l’indépendance du pays en chantant Chaâbou El Djazair, 5 juillet et Douggou toboul.

En 1963, Mustapha Sahnoun et El Habib Hachelaf lui signent Ayouni machafet et M’dinet Qcentina. Attirée par les airs traditionnels et le folklore ancien, elle enregistre par deux fois à Alger et au Caire le célèbre titre Narek ya Bounarine. Puis elle entame un véritable retour aux sources, avec l’enregistrement du patrimoine malouf.

Elle connaît un énorme succès avec Maândi Zella, suivie de plusieurs titres dans la pure tradition constantinoise, Acheq memhoun, Ya bahi el djamel, Kif el amel, entre autres, avec El Hadj Tahar Fergani, Brahim El Amouchi, Kaddour Darsouni et Bibi Abdelmadjid.

Artiste racée et très douée, Thouraya cumule plusieurs talents car, en plus du chant, elle excelle dans la broderie, l’art plastique, le théâtre et le cinéma. Dans ce dernier domaine, elle a tourné avec Jean Marais et Pedro Armandariz dans le film Fortune carré (1960). Elle joue également aux côtés de Fatiha Berber dans El Ihmel de Mohamed Houideq, en 1972.

Après Mohamed El Djamoussi, Abdelkrim El Habib, Amraoui Missoum, Dahmane El Harrachi, Mohamed El Moudji, Teyssir Aqla, Hilmi Bakr, Abdelhamid Mechaâl, elle clôture cette prestigieuse liste de compositeurs avec Mahboub Safar Bati qui lui signe Ayoun El Heussad et Alech ya nari.

En soixante ans de carrière, Thouraya s’est forgé une stature d’artiste internationale, mettant en valeur sa propre empreinte et celle de son pays dans l’ensemble de son œuvre.

Pour son travail, son apport à la musique algérienne et ses efforts pour la porter haut et fort sur la scène internationale, le Festival de la création féminine a tenu à lui rendre cette année un vibrant hommage.
THOURAYA BENDRIS
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